Pour commencer
Superliminal est un puzzle game sorti en 2019, et qui a été présenté par beaucoup comme un mélange entre Portal et Stanley Parable, rien que ça. Les ressemblances avec ce dernier sont tellement frappantes que j’ai d’ailleurs pensé que les deux jeux avaient été développés par le même studio (ça n’est pas le cas). Voyons donc si Superliminal est à la hauteur des références qui lui sont attribuées.
Pour se mettre en condition
On écoute quoi ?
Du Stupeflip. Les gens ne savent jamais dire si c’est du rap, du punk ou de la chanson (voire même de l’électro).
On boit quoi ?
Un cocktail en trompe-l’œil, qui ressemble à une noix de coco ouverte.
On mange quoi ?
Des « carottes feuilletées », trompe-l’œil à base de pâte feuilletée.
Alors, ça dit quoi ?
L’intro de Superliminal nous met face à une publicité de l’Institut Pierce, qui propose des thérapies par le rêve grâce à sa nouvelle technologie, SomnaSculpt. On comprend vite que notre personnage suit actuellement ce programme, qu’il est endormi et plongé dans une sorte de simulation pour lui faire passer une batterie de tests. Après une courte séquence de jeu, le protagoniste est supposé se réveiller. Problème, ça n’arrive pas, et on se retrouve coincé dans la simulation. Nous devrons donc avancer à travers des pièces et des couloirs assez impersonnels pour tenter de trouver une sortie, accompagné par la voix paniquée de l’IA du programme et par les interventions lunaires du docteur Pierce, qui nous contacte par des messages enregistrés sur divers postes radios. L’ambiance de Superliminal et très proche de celle de Stanley Parable, notamment de par les environnements. On évolue à travers des espaces qui pourraient être ceux de bureaux ou d’hôtels, et qui sonnent tellement creux qu’on va vite s’apercevoir qu’il s’agit en fait de décors grossiers. Ces environnements ont donc un côté absurde, mais aussi angoissant. Marcher seul dans ces espaces familiers et habituellement vivants crée une forme de stress, dont le jeu va s’amuser par moment. Il y a un petit côté horreur liminale, proche de l’esthétique des Backrooms notamment.

Superliminal est un jeu d’énigmes qui tourne autour d’un concept central : jouer avec les perspectives et donc tromper vos sens. La base du gameplay est de pouvoir prendre des objets et changer leurs proportions en les rapprochant ou en les éloignant de nous, par exemple pour atteindre une sortie située hors de portée. Dans cette idée de perspective décalée, vous pourrez saisir des objets quelle que soit la distance qui vous sépare d’eux, et ainsi truander le jeu. Les énigmes de Superliminal sont astucieuses, souvent surprenantes, et il y a quelques ajouts de mécaniques importantes durant les quelques heures que dure l’aventure. Il vous faudra faire preuve de logique, d’une observation fine, et parfois d’un peu de créativité.

Mécaniquement, Superliminal est un Walking Simulator. La vue est à la première personne, et nos contrôles sont très limités : marcher, sauter, saisir certains objets et les faire pivoter. Le jeu est découpé en plusieurs niveaux, ayant chacun un concept central et parfois une esthétique assez marquée. Ces niveaux sont eux-mêmes régulièrement découpé en petits tableaux, avec des portes qui empêchent d’emporter les objets des tableaux précédents, pour qu’on les résolve de l’unique manière qui est proposée. Superliminal est un jeu très linéaire, même s’il existe quelques secrets à trouver pour débloquer des succès Steam.

Une des grandes réussites du jeu, c’est de savoir nous surprendre en multipliant les trolls tout au long de l’aventure. On va traverser des couloirs infinis, tomber dans des trous dissimulés alors que notre attention est focalisée droit devant nous, ouvrir des portes qui ne mènent à rien, ignorer des culs-de-sac qui sont en fait des sorties, découvrir que certains objets ne sont pas ce qu’ils semblent être… Certaines mises en scène sont très réussies. Les idées des développeurs sont nombreuses et apportent une vraie touche de divertissement à l’aventure, sans forcement constituer d’énigmes à proprement parler.

L’esthétique du jeu n’a rien d’extraordinaire. Comme dit plus haut, les environnements sont sobres et très impersonnels (c’est fait exprès), les graphismes sont propres sans être renversants, le sound-design est mignon. L’écriture est plutôt quali et le jeu peut-être assez drôle par moments. Concernant l’OST, Superliminal alterne entre des musiques d’ascenseur un peu agaçantes, et des moments de silence pesants et bien placés.

Malgré tout, Supeliminal souffre de plusieurs gros défauts. Je trouve que les mécaniques ne se renouvellent pas assez, et qu’on tombe dans une forme de lassitude malgré la courte durée de l’aventure. La DA très neutre n’arrange malheureusement pas les choses. Globalement, et malgré de bonnes idées, le tout manque de folie, et j’aurais aimé qu’il y ait plusieurs solutions pour résoudre les différentes énigmes. J’ajouterai que certaines d’entre elles sont assez incohérentes, et donc frustrantes. Pour finir, la manipulation des objets peut être pénible, et on va s’y reprendre à de nombreuses reprises avant de donner les proportions que l’on veut aux différents objets.
Can you geek it ?
Yes you can !
C’est un petit oui. Superliminal est un puzzle game original, avec un concept ambitieux et prometteur. Il tient plutôt bien sa promesse, propose de belles surprises, et ajoute à cela une atmosphère singulière, qui peut autant faire rire que faire peur. Malheureusement, les mécaniques ont du mal à se renouveler, le jeu ne va pas au bout de ses ambitions, et il n’arrive pas à éviter la lassitude, un vilain défaut pour une aventure de 3h. Je pense qu’il vaut quand même le coup d’être découvert, notamment par les fans du genre.
Le par JuanPatatos