Pour commencer
J’entends parler de ce jeu depuis des années, et chaque bout de gameplay que je regardais me donnait envie d’y jouer. Je me suis enfin lancé, et j’ai mis près de 200 heures pour finir ce World of Assassination de fond en comble (en ce qui concerne les missions principales). Je précise que World of Assassination comporte la trilogie Hitman récente (celle qui a débuté en 2016), plus quelques missions secondaires. C’est une version assez décriée par les fans, car elle enlève du contenu présent dans les jeux de base (notamment 2 missions d’Hitman 2, si j’ai bien compris), et les propose en contenu additionnel payant. Ça m’a pas dérangé plus que ça, mais je comprends la colère des gens.
Pour se mettre en condition
On écoute quoi ?
On boit quoi ?
Un Malbec, comme dans la mission en Argentine.
On mange quoi ?
Vous allez empoisonner tout un tas de plats. Partons sur un couscous tfaya à l’agneau, plat préféré du général Zaydan.
Alors, ça dit quoi ?
Hitman est une série légendaire du jeu vidéo, contant une dizaine d’opus depuis 2000 et même quelques films. Dans la trilogie qui nous intéresse, on incarne évidemment le mythique agent 47, assassin professionnel pour le compte de l’ICA, une agence internationale secrète qui exécute des contrats d’assassinats pour différents clients. Nos cibles seront multiples (général en pleine tentative de coup d’État, chef de cartel colombien, avocat véreux…) et nous feront voyager aux quatre coins du monde. Mini spoil, on va se rendre compte après quelques missions que l’un de nos clients se sert de nous pour atteindre Providence, une société secrète qui dirige le monde dans l’ombre (en mode Illuminati, quoi). A partir de là, un scénario s’élabore à travers les trois jeux, avec de nombreux plot twist et quelques scènes tendues, dignes des meilleurs films d’action. Honnêtement, l’histoire est plaisante à suivre, même si un poil clichée.

Les trois jeux Hitman (qui s’enchaînent vraiment bien, comme un seul et même long jeu) se composent de missions indépendantes les unes des autres. Dans chacune d’elles, il faudra éliminer une ou plusieurs cibles, parfois accomplir un objectif supplémentaire, et s’échapper par l’une des sorties de la map. Hitman est un jeu d’action à la troisième personne, mais c’est surtout un grand bac à sable du crime. C’est d’ailleurs ce qui fait son succès. Dans chaque mission, vous pourrez atteindre vos cibles de dizaines de façons différentes. Les approcher pour les abattre avec votre flingue ou pour les étrangler. Les shooter à distance avec un sniper. Les empoisonner, les électrocuter, les faire exploser ou leur faire tomber un truc sur la tête en se servant de l’environnement. Utiliser les nombreuses spécificités de chaque map, les intrigues et les liens qu’elles entretiennent avec d’autres PNJ pour les tuer de manière unique (on reviendra là-dessus). Vous pourrez faire ce que vous voulez, et même jouer de manière brutale en tirant dans le tas, bien que le jeu valorise les approches discrètes et sans dommages collatéraux. L’infiltration se joue notamment autour d’une mécanique de déguisement, qui vous permet de mettre les vêtements d’un PNJ neutralisé et d’ainsi accéder à des espaces normalement interdits.

Chaque arrivée dans un nouveau niveau est un peu déboussolante. Il faut prendre ses marques dans la nouvelle map, explorer ses différents points d’intérêts (qui s’inscriront sur une carte très bien foutue), appréhender l’environnement et les paterns des cibles, écouter les discussions des PNJ pour saisir toutes les possibilités qu’offre la mission. Plus vous connaîtrez votre nouveau terrain de jeu, plus vous pourrez faire parler votre créativité pour atteindre vos cibles. Pour vous aider, vous pouvez activer un sixième sens (une vision d’aigle, en gros), qui vous permet de repérer les cibles, les PNJ proches et les éléments de décor avec lesquels interagir. Un système d’Intrigue vous permet, dans presque chaque mission, d’éliminer vos cibles en suivant les étapes d’une sorte de scénario, incluant souvent d’autres PNJ. Ces Intrigues mènent aux assassinats les plus originaux du jeu et demandent parfois un peu de gamberge pour être menées à bien. Leurs mises en scène sont souvent géniales et elles amènent à des situations délicieusement morbides. Au-delà de ces Intrigues, chaque mission possède des dizaines de défis, ouvrant la voie à d’autres possibilités de meurtres et donnant un indice au joueur pour qu’il découvre chacune des nombreuses subtilités de chaque map. Ceci n’empêche pas de trouver ses propres manières d’éliminer les cibles, et la liberté d’action que l’on ressent est vraiment grisante.

La créativité proposée par le jeu est permise par le level-design exceptionnel des maps, qui sont régulièrement bien équilibrées entre verticalité et horizontalité. Chaque espace important de la carte peut être atteindre de plusieurs manières, grâce à des passages variés, des fenêtres ouvertes, des gouttières et des rebords à escalader… Les mouvements de 47 permettent un gameplay d’infiltration efficace. Notre assassin est agréable à contrôler. Il peut courir, grimper à différents éléments, se suspendre aux rebords, trimballer des corps pour les cacher, et nous offre un gameplay très fluide. Ceci permet notamment de finir les missions en toute discrétion et sans se déguiser, ce qui constitue le challenge le plus intéressant de chaque niveau. J’en profite pour dire que la partie action n’est pas en reste, avec la possibilité de se mettre à couvert, et une visée par-dessus l’épaule très précise.

Au-delà de la modélisation des bâtiments, d’autres éléments de design sont à prendre en compte. Vous commencerez toujours votre mission en costume de base. Cet accoutrement vous permettra de circuler dans les zones publiques sans problèmes, mais vous interdira l’accès à de nombreuses parties de la map, sous peine de vous faire repérer et tirer dessus par les nombreux gardes. Pour vous balader tranquillement dans ces zones privées, vous devrez neutraliser un PNJ et vous habiller comme lui. Il existe 10 à 20 déguisements différents par mission, tous ayant leurs propres accès aux différentes zones et leur degré d’utilité. Il vous faudra donc sûrement en changer plusieurs fois pour atteindre les zones les plus sécurisées. Certains PNJ pourront vous repérer même si vous êtes déguisé, et il faudra que vous restiez toujours alerte. L’emplacement de ces différentes zones, des gardes qui peuvent vous repérer, des caméras, et de diverses interactions (leurres, camouflages avec un certain déguisement) font partie intégrante de ce level-design génial, qui vous permettra presque toujours de faire les choses à votre façon. Un petit mot sur l’IA, qui est viable, mais trop facile à duper quand on a compris son fonctionnement.

Les graphismes réalistes de World of Assassination sont très propres. Le design des maps est souvent magnifique, plein de petits détails et de narration environnementale, ce qui leur donne une atmosphère unique. Les cartes sont hyper crédibles, elles fonctionnent bien en termes d’architecture et d’utilité des salles. Les PNJ sont vivants, discutent entre eux, se promènent sans donner l’air de robots suivant un patern. Le nombre de dialogues et de phrases contextuelles enregistrés est hallucinant. Hitman possède une ambiance très sérieuse et réaliste, mais va aussi sur le terrain de l’humour noir et subversif. Certains défis sont carrément loufoques et débloquent des scènes complètement décalées. L’OST est très en retrait et sert surtout aux moments de tension, je n’ai pas grand-chose à dire dessus. Le sound design est très bon, vous permet de savoir ce qu’il se passe autour de vous et donc de pouvoir réagir au quart de tour.

Pour finir, on regrettera quelques petits bug, et notamment des paterns de PNJ qui peuvent se bloquer ou ne pas se déclencher au bon moment (quand vous venez de réaliser une certaine action qui doit le faire réagir, par exemple), et ainsi vous empêcher de mener à bien votre plan. C’est très léger à côté de tous les points positifs.
Can you geek it ?
Yes you can !
En conclusion, jouez-y. Ce jeu est exceptionnel et vous donne une liberté d’action qui rend cette expérience excessivement rejouable et addictive. Ce test ne peut pas rendre hommage à toutes les subtilités que possède World of Assassination, sinon il faudrait écrire un bouquin. Et je n’ai même pas parlé de toutes les missions secondaires, et des contenus qui continuent de sortir régulièrement, qui vous garantissent des dizaines d’heures de jeu supplémentaires. Attendez une petite promo Steam, et vous en aurez clairement pour votre argent.
Le par JuanPatatos